L'étincelle viendra de Varsovie, avec les changements dramatiques qui ramènent Wladislaw Gomulka au pouvoir. Le 22 octobre 1956, des tracts d'étudiants circulent à Budapest et sont collés sur les murs de la ville: ils explicitent les revendications de la nation, parmi lesquelles le retour d'Imre Nagy, des élections libres et la révision des rapports avec l'Union soviétique. Le 23 octobre, une réunion de solidarité avec la Pologne, convoquée par le cercle Petöfi, se transforme en manifestation gigantesque devant le Parlement: la foule s'y entasse et attend qu'un miracle se produise. À l'issue de tout un après-midi d'attente vaine, des émeutes éclatent dans la soirée: devant la Radio (dont les responsables refusent de donner lecture des " postulats " des manifestants) et autour de la statue de Staline (qui sera déboulonnée dans une allégresse sauvage). Des coups de feu partis de l'édifice de la Radio déclenchent l'insurrection armée. Celle-ci est le fait de jeunes gens inorganisés qui se découvrent et se regroupent dans le feu de l'action. Dans la nuit, les dirigeants du Parti, retranchés derrière les murs du comité central, appellent – trop tard – Imre Nagy à la tête du gouvernement et demandent aux forces soviétiques de rétablir l'ordre. Dès lors, les insurgés s'attaquent aux chars soviétiques qui cherchent en vain à investir par la force les rues de la capitale. L'ordre communiste est débordé par des comités révolutionnaires et des conseils ouvriers qui se mettent spontanément en place, d'abord à Budapest, puis en province. Pendant une semaine troublée, Imre Nagy, dont le gouvernement sera plusieurs fois remanié, se trouve coincé entre les exigences du peuple en révolte et la pression des Soviétiques. Il cherche à sauver ce qui, du passé, est sauvable, tout en évoluant vers une démocratie nouvelle. Le 30 octobre, il annonce le retour au système multipartiste et fait appel aux personnalités les plus éminentes de la coalition d'après guerre. Toujours sous sa présidence, et alors que les groupes d'insurgés acceptent enfin de collaborer, un gouvernement de coalition, majoritairement non communiste, se met en place et demande le retrait des troupes soviétiques, requête à laquelle Moscou répond d'abord favorablement. Mais les assurances données par l'ambassadeur soviétique, Youri Andropov, sont contredites par l'entrée massive de troupes venues d'Ukraine. Le 4 novembre, un groupe d'anciens communistes réfugiés sous la protection des autorités soviétiques et se réclamant de la direction de János Kádár – nommé par les Soviétiques chef du parti à la place de Gerö discrédité –annoncent la formation d'un contre-gouvernement. Alors que le gouvernement légal d'Imre Nagy vient de proclamer la neutralité de la Hongrie et son retrait du pacte de Varsovie, les chars soviétiques réoccupent peu à peu tout le pays. La résistance armée sera brisée en une semaine, les conseils ouvriers et les comités révolutionnaires démantelés en un mois et demi, et les arrestations massives commenceront à la fin de novembre avec la déportation (d'abord vers la Roumanie) d'Imre Nagy.
La défaite de la révolution hongroise de 1956, qui était sans doute inscrite dans le rapport des forces, n'enlève rien à la signification de cet événement. Le message de la Hongrie révoltée a été immédiatement reçu à travers le monde, peuple et gouvernement soviétiques compris. Première tentative d'une nation entière visant à se débarrasser du communisme – que les autres tentatives analogues, en Tchécoslovaquie, en Pologne et en Afghanistan devaient suivre douze ou vingt-quatre ans plus tard –, l'événement est resté gravé dans la mémoire collective non seulement comme un acte de bravoure et d'héroïsme mais aussi comme une page de l'histoire universelle de la liberté.
La défaite de la révolution hongroise de 1956, qui était sans doute inscrite dans le rapport des forces, n'enlève rien à la signification de cet événement. Le message de la Hongrie révoltée a été immédiatement reçu à travers le monde, peuple et gouvernement soviétiques compris. Première tentative d'une nation entière visant à se débarrasser du communisme – que les autres tentatives analogues, en Tchécoslovaquie, en Pologne et en Afghanistan devaient suivre douze ou vingt-quatre ans plus tard –, l'événement est resté gravé dans la mémoire collective non seulement comme un acte de bravoure et d'héroïsme mais aussi comme une page de l'histoire universelle de la liberté.
